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DES CHOIX, UN CHOIX

Histoire d'oser

· créativité,littérature

Once upon a time ... l'histoire de deux auteurs en devenir. L'un était français et l'autre brésilien. A tour de rôle, François et Elves disséquaient la VIE, les individus qui gravitaient autour d’Elle ou en ELLE, molécules éparses, au moyen d'une loupe grossissante.

 

Au lieu d’écrire, chacun à sa table, les deux comparses se contentaient en attendant la gloire et la reconnaissance qui ne venait pas, faute de matériau, de disserter autour de deux capïroskas bien gelées. Espérant secrètement que de là jailliraient une idée de génie. Le point zéro propice à la réalisation de leur rêve inavoué.

 

Le doute d'Elves, le brésilien, qui était multi-talent était le suivant : comment était-il possible de choisir, entre différentes formes d’expression, la plus adaptée à sa nature intrinsèque ? Peinture, photographie, littérature ? Il fallait se décider, au plus vite... Les sources d’inspiration, disait-il, souriant à l’avenir, ne manquaient pas : les situations, les êtres humains qu’il rencontrait en de divers lieux, de nationalité chaque fois différente, lui permettraient d’élaborer des chroniques littéraires sans précédent. Encore fallait-il trouver le temps et réellement se décider : n’avait-il pas dernièrement créé à la manière d’un expressionniste une toile qu’il ne désirait exhiber, pas même à sa mère, de peur qu’on lui reprochât sa trop grande ressemblance avec le Déjeuner sur l’herbe de Renoir ? Alors, il cachait son inestimable don sous un matelas, maudissant ses incertitudes.

Les photographies

Elves errait de longues heures dans Récife, par ces après-midi écrasantes de chaleur, l'appareil photo en bandoulière. Il n’hésitait pas à collectionner les clichés, même si le résultat n’était pas toujours à la hauteur de ses espérances. Il s’était épris des plus anciens mendiants de la vieille ville, de l’homme-tronc surtout qui, tous les jours de la semaine excepté le dimanche, indéracinable, trônait au milieu de la foule insensible. Une foule, il est vrai, blasée et accoutumée à ce spectacle impudique. Pressée par ses dix mille soucis, trop insensible au sort des enfants des rues, petits animaux sauvages que chassaient de jolies jeunes femme en uniforme.

Il s'était pris d'affection pour la folle arrogante qui, en des temps très anciens, était l'une des catins les plus prisées de Récife, celle du vieux port... On dit qu’elle perdît son bordel et toutes ses subalternes avec. Des femmes toutes plus lumineuses les unes que les autres, qui rivalisaient de beauté avec les bourgeoises grâce à leurs formes sculpturales et leurs talents monnayés. La folle était venue s'échouer sur les ponts de la Venise brésilienne.

Certains racontaient qu’elle avait été la victime d’un complot ourdi par quelques esprits désincorporés. Des esprits vengeurs qui avaient voulu la détrôner, détruire l’emprise qu’elle exerçait sur les riches commerçants du port du Pernambuc. Ou peut-être était-ce la magie noire d’une vieille macumbera, qui par envie ou jalousie, l’aurait dévoyer de son palace doré ? Pour la jeter à la rue et la livrer à ses pires cortèges de cruautés ?

Tout en cherchant à expliquer les raisons du déclin de cette vieille mendiante au turban couleur émeraude passé, Elves tapotait son verre nerveusement.

- Ecoute-moi, Elves, interrompit son ami François. Es-tu conscient que tu as un don, celui de recomposer les vécus des autres... Peut-être, je dis bien peut-être, je ne voudrais pas t’influencer, peut-être que ton expression réside en l’art des mots... Non ?"

Elves regarda un instant son ami, songeur et posa le verre vide sur la table, après avoir délicatement avalé la dernière goutte du breuvage.

Littérature

- Je ne sais..."

Alors qu’il commençait à battre la mesure de ses doigts sur la rainure de la table, rythmant une samba-nova qui avait éclaté plus loin, François se retourna.

- LITTÉRATURE..."

Photo tous droits réservés Jacques-Michel Cuniasse - Sandra Rosado sculpteur papier

Un homme, un chapeau du lampion rescapé du début du siècle sur la tête, se tenait devant eux, un sourire large aux lèvres.... Il venait vendre sa prose dans les rues à la recherche d’une substantifique pièce.

- Et si le lampion va guerroyer, embrassant sa Muse..."

Alors qu’il repartait vers d’autres tables, les deux amis échangèrent un regard incrédule, l'un et l'autre aussi surpris que la réponse à leurs interrogations puisse venir du ce poèt homme ait été offerte de cette manière incongrue. François acquiesça.

- Littérature...

Un cri dans la nuit

Elves, effrayé par un tonnerre d’applaudissements, titubait de joie tout en recevant le prix du

Meilleur Nouvelliste Pernambucain de l’An 1996 dans les salles gonflées de l’intelligentsia récifense...

 

Cachant ses larmes de bonheur derrière de gros verres de myope, il ne vit pas, ému jusqu'aux larmes par cet heureux et inattendu couronnement, un vieil homme au visage sans âge descendre l’escalier du Théâtre d’Isabelle. Lui sembla le reconnaître avant de plonger dans la nuit sombre. Vers le fleuve aux étoiles scintillantes. Il cria une dernière fois le mot en lettres capitales LITTÉRATURE en direction des grosses voitures importées. Puis sa voix se fondit dans le silence des eaux.

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