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HISTOIRE DE ...

VENISE, MON AMOUR

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Venise, mon amour

C’est sous un ciel gris et lourd de novembre que Venise se révèle à nos yeux ébahis, le vaporetto empruntant le Grand Canal pour nous mener jusqu’à la Piazza San Marco. Un rêve suranné, un voyage dans les multivers de cette ville fantasque, « musée à ciel ouvert », où chaque venelle emporte le voyageur dans des ambiances à nulle autre pareille. Il fait froid et humide quand nous posons nos pieds sur la terre ferme, laissant à quai le bateau-bus fumant encore de ses innombrables traversées. Venise, c’est une autre dimension. Une planète à elle seule, où on tout en se perdant dans les ruelles, on se perd aussi un peu soi-même.

Dans sa nouvelle « Mort à Venise », dont Visconti réalisa le film flamboyant, Thomas Mann fait mourir son personnage sur la plage du Lido, d’une mort toute personnelle, tel un écho au choléra qui fait rage dans la ville. Comme Gustav d'Aschenbach fasciné par la beauté du jeune éphèbe polonais qu'il rencontra au Lido, je suis tombée, une fois encore, en amour de Venise.

Dans mon souvenir, la Piazza San Marco était 1000 fois plus colossale, elle m’apparaît aujourd’hui plus fragile, plus intimiste, avec ces palais en rénovation, voilés par d’immenses bâches transparentes. Alors que je savoure mon café sur la Piazza San Marco, au Café Florian, accompagnée de celui qui partage ma vie dans l’instant de ce mois de novembre, je rêve déjà d’y retourner. A la belle saison, peut-être. Mais cette fois-ci, seule, comme le personnage du roman de Claudie Gallay, « Seule Venise ».

Ici, il faut savourer le temps présent.

Ressentir les traces de tous ces personnages illustres, femmes et hommes qui ont laissé leurs empreintes et leurs histoires dans cet air chargé d’humidité, sur ces façades dont les murs se fissurent.

Partir à l’aventure dans le dédale des ruelles, ne plus savoir où l’on est, ne plus se souvenir qu’on a croisé cette église, ou cette échoppe de dentelle ou de verrerie de Murano.

S’arrêter, retourner sur ses pas pour rejoindre les bords du Grand Canal, écouter les clameurs qui viennent de l’autre rive.

Respirer et repartir, main dans la main, égarés mais heureux d’être là, à la recherche d’un vieux palais vénitien ou du ghetto juif.

Là-bas, un peu plus loin.

Ecouter les soupirs des condamnés, en passant et repassant devant le Pont du même nom.

S’offrir un bonnet rose ridicule, pour ressembler aux autres touristes qui déambulent dans le froid de la nuit venant brutalement assombrir la ville majestueuse dès 17 heures.

Ici, il faut savoir être présent. A l'écoute. D'un chant dans une église, au détour d’une venelle, non loin du marché déserté et puant de marchandises pourrissantes. Des notes qui éclatent d’une église, nous enjoignant à rejoindre les chœurs.

Et s'attarder encore et encore, à l’abri d’une trattoria, toi dans mes yeux, moi dans tes yeux, Venise, la belle, ayant ce fabuleux pouvoir d’unir les cœurs et les âmes. Instants de grâce, en ces incessantes rondes de vie, qui nous affleurent, nous touchent jusqu’au plus profond de nos êtres. Grâce à Venise, la florissante. Celle qui donne à voir, attablés devant le Pont Rialto, le ballet incessant des livreurs, des touristes émerveillés et du flot de Vénitiens que crachent les vaporettos…

 

Soudain, le verre de vin blanc italien tinte, puis se brise à l’issue d’un geste maladroit. Le verre coupé, le liquide se renverse sur la table… pour mieux nous rappeler la fragilité des choses, et leur inanité. Venise, la romantique, nous glisse à l'oreille que les choses ne sont pas éternelles, alors que moi, j’allais, à cet instant, exaltée par la magie des lieux, "te le jurer mon amour éternel"….

La musique est prégnante dans la ville reine, la musique est souveraine. L'enfant du Royaume, le compositeur Vivaldi et ses Quatre Saisons éclatent soudain dans la chambre du Palais Vénitien, magiquement contemporain à cette heure de la nuit, les ombres jouant sur le pont qu’on aperçoit de la fenêtre. Et nous nous endormons, enlacés, pris dans des espaces temps imaginés ou imaginaires jusqu’à ce que notre impatience de parcourir la ville nous reprenne au petit matin.

Au loin, il y a le Palazzo Venier dei Leoni, inachevé, intriguant, majestueux qu’on aperçoit du Canal et qu’il faut rejoindre par des ruelles le long des canaux et des placettes. Il abrite la fondation Guggenheim. L’œuvre de Peggy, cette collectionneuse américaine qui donne à voir aujourd’hui les œuvres des plus grands artistes peintres contemporains.

Prendre de nouveau le vaporetto, pour l’île de Burano, l’île des pêcheurs et des dentelles, serrée tout contre toi, dans le froid de ce mois de novembre, et m’endormir, hypnotisée par le roulis du bateau-bus, avant de débarquer, dans ce microcosme aux maisons de couleurs plus chatoyantes les unes que les autres. Le silence est troublant, quelques boutiques ont ouvert leurs portes, le brouhaha de la majestueuse Venise nous semble bien loin.

La nuit est venue : nous recherchons le seul jazz club de la ville, interrogeons les passants emmitouflés, pressés de retrouver la chaleur d’un foyer. On est un peu perdus, nos yeux ne s’accoutument pas à l’obscurité. Ne parviennent pas à trouver le nom de la ruelle sur le plan de la ville. Enfin, une vitrine, et un lampadaire qui l’éclaire, au bord d’un canal où sont venus s’échouer des bateaux las en fin de course. 20 heures, le maître des lieux, pianiste du band est là, près du bar, le concert va démarrer. Chuuut... C'est le Brésil ce soir à Venise, au son du berimbau et des plus grands standards de la bossa nova. Tes yeux brillent, les miens aussi. Tes doigts frôlent mes lèvres. Je les retiens. Tout est si parfait.

Et puis il sera temps. De quitter Venise, de faire le parcours à l'envers, de fermer la parenthèse enchantée. Le cœur déjà gros, d'une insondable mélancolie de ce qui n'est pas encore tout à fait hier. Mais qui n'est déjà plus.

"Venise, mon amour, c'est déjà fini, de ce qui fut un jour notre histoire".

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